Avec la RX10 V, Sony met fin à près de dix ans d’attente en lançant un modèle entièrement repensé : nouvelle ergonomie, autofocus assisté par IA, vidéo 4K à 120 images/s et autonomie largement améliorée. Voici notre test complet de ce bridge inspiré des hybrides Alpha.
La cinquième génération du bridge superzoom à capteur 1 pouce de Sony arrive neuf ans après la RX10 IV. Déjà disponible en précommande, elle est proposée au prix de 2 500 €.
Nous avons enfin pu prendre en main la Sony RX10 V, la nouvelle bridge superzoom qui succède à la RX10 IV après une longue attente. Nous avions déjà évoqué les premières rumeurs ainsi que son annonce officielle, mais il est désormais temps de voir ce qu’elle vaut réellement sur le terrain.
Avant même son arrivée, nous connaissions déjà une grande partie de ses caractéristiques : capteur empilé Exmor RS de 20,1 mégapixels, objectif Zeiss Vario-Sonnar T* 24-600 mm f/2,4-4,0 avec zoom optique 25x, double processeur Bionz XR accompagné d’une puce dédiée à l’intelligence artificielle, rafale jusqu’à 30 images par seconde avec suivi autofocus et exposition, ainsi que l’enregistrement vidéo 4K à 120 images par seconde.
En revanche, les fiches techniques ne disent rien sur les sensations d’utilisation. C’est précisément ce que nous avons voulu vérifier lors de ce test.
La RX10 V mesure 136,4 × 94,5 × 151,3 mm lorsqu’elle est repliée. Avec l’objectif déployé à 600 mm, sa longueur atteint 235 mm. Son poids est d’environ 1 111 g. Ce n’est évidemment pas un appareil de poche, mais un compromis raisonnable pour ceux qui recherchent un appareil polyvalent offrant une très grande plage focale.
Un détail surprenant sur l’objectif
Avant de parler de son ergonomie, un détail mérite d’être signalé. Sur le fût de l’objectif, à côté de l’échelle des focales, on trouve l’inscription « Angle of View (35mm format equiv.) ».
Cette mention est pourtant incorrecte. L’expression « Angle of View » désigne l’angle de champ, alors que les valeurs affichées correspondent en réalité aux focales équivalentes au format 24×36, de 24 à 600 mm. Une erreur sans conséquence pratique, mais étonnante sur un appareil vendu 2 500 € et destiné à des photographes exigeants.
Autre point à noter : pendant la prise de vue, le viseur, l’écran et l’objectif affichent toujours la focale équivalente au format 24×36. En revanche, les données EXIF enregistrent uniquement la focale réelle correspondant au capteur de 1 pouce.
Ce fonctionnement est logique, mais il aurait été appréciable que Sony ajoute également la focale équivalente dans les métadonnées, comme le proposent déjà certains appareils et logiciels de traitement photo. Une simple mise à jour du firmware pourrait facilement corriger ce point.
Ergonomie : un véritable bond en avant
Dès la prise en main, la RX10 V se rapproche beaucoup plus des hybrides plein format de la gamme Sony Alpha que des anciennes bridges de la marque.
Les utilisateurs habitués aux Alpha remarqueront toutefois l’absence de la molette avant située sous l’index. À sa place, Sony a installé un sélecteur concentrique au déclencheur pour commander le zoom. Il faut un petit temps d’adaptation, mais cette nouvelle disposition se révèle rapidement efficace.
La répartition des commandes est bien pensée. La main gauche contrôle l’ouverture grâce à la bague située sur l’objectif, tandis que le pouce droit permet de régler la vitesse d’obturation, la correction d’exposition via une molette dédiée avec verrouillage, ainsi que la sensibilité ISO à l’aide de la molette arrière.
L’ensemble permet de contrôler les trois paramètres de l’exposition sans quitter le viseur des yeux.
Autofocus et reconnaissance du sujet : la RX10 V change de catégorie
S’il y a bien un domaine dans lequel la RX10 V marque une véritable rupture avec la génération précédente, c’est celui de l’autofocus et de la reconnaissance des sujets.
Grâce à sa puce dédiée à l’intelligence artificielle, ses performances se rapprochent désormais de celles des hybrides Sony Alpha haut de gamme, un niveau qui semblait encore impensable pour un appareil bridge il y a peu.
L’appareil reconnaît automatiquement les personnes, oiseaux, animaux, insectes, voitures, trains et avions. Un mode Auto est même capable d’identifier seul le type de sujet, sans qu’il soit nécessaire de le sélectionner manuellement.
Le suivi reste efficace jusqu’à 30 images par seconde, tandis que l’autofocus et l’exposition sont recalculés jusqu’à 60 fois par seconde, garantissant un suivi fiable des sujets les plus rapides.
Autre excellente surprise : la mémoire tampon.
Beaucoup d’appareils affichent une cadence de rafale élevée, mais ne la maintiennent que pendant une seconde avant que le buffer ne soit saturé.
Avec la RX10 V, la situation est bien différente. Elle peut enregistrer environ 500 JPEG ou 150 fichiers RAW en continu, soit près de 5 secondes de rafale à pleine vitesse.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une rafale rapide, mais aussi d’une cadence durable, un atout précieux pour la photographie sportive ou animalière.
Viseur et écran : parmi les meilleurs de la catégorie
La RX10 V se distingue également par la qualité de ses systèmes de visée.
Son écran tactile de 3 pouces, d’une définition de 1,62 million de points, peut être incliné vers le haut ou vers le bas. Cette conception séduira davantage les photographes que les vidéastes, qui préfèrent souvent un écran orientable sur rotule.
Le véritable point fort reste toutefois le viseur électronique OLED, qui affiche 3,68 millions de points avec un grossissement équivalent à 0,78x en plein format. Des caractéristiques habituellement réservées aux hybrides professionnels.
Le boîtier bénéficie en outre d’une protection contre la poussière et les éclaboussures. Il faudra néanmoins rester prudent, le zoom télescopique étant plus exposé qu’un objectif classique entièrement tropicalisé.
Obturateur central : avantages et limites
La RX10 V est équipée d’un obturateur central intégré à l’objectif.
Son principal avantage concerne l’utilisation du flash : il est possible de synchroniser le flash jusqu’à la vitesse maximale de l’obturateur, sans être limité par la vitesse de synchronisation habituelle des obturateurs à rideaux.
En revanche, l’obturateur mécanique atteint 1/1 000 s aux plus grandes ouvertures et 1/2 000 s à partir de f/8.
Pour obtenir des vitesses supérieures, il faut utiliser l’obturateur électronique, qui peut monter jusqu’à 1/16 000 s.
Cette solution présente toutefois un inconvénient : elle impose l’utilisation du format RAW compressé avec perte, sans possibilité d’enregistrer en RAW non compressé.
Autre regret : Sony ne propose toujours pas de mode automatique capable de basculer seul entre l’obturateur mécanique et électronique lorsque cela devient nécessaire.
Connexions et autonomie : une batterie qui change tout
Avec son nouvel autofocus, l’autre grande évolution de la RX10 V concerne son autonomie.
Sony a enfin adopté la batterie NP-FZ100, la même que celle utilisée depuis plusieurs années sur les hybrides Alpha. Sa capacité est plus de deux fois supérieure à celle de l’ancienne batterie FW50 qui équipait les précédentes RX10.
Résultat : l’appareil peut facilement tenir une journée entière de prise de vue sans recharge.
En cas de besoin, la recharge peut s’effectuer via le nouveau port USB-C 10 Gbit/s, qui sert également au transfert rapide des fichiers.
La connectique comprend également un port Micro USB Multi, une entrée microphone, une sortie casque et une prise Micro HDMI.
La griffe porte-accessoires a elle aussi été améliorée. Elle intègre désormais des contacts permettant d’alimenter directement les microphones Sony compatibles et de transmettre les données, sans câble supplémentaire.
Enfin, le logement pour carte mémoire reste limité à un seul emplacement, mais il est désormais compatible UHS-II, un choix logique compte tenu des importants débits générés par l’enregistrement vidéo 4K.
Vidéo : une vraie montée en gamme
Alors que la génération précédente était limitée à la 4K à 30 images par seconde, la RX10 V franchit un cap important.
Elle peut filmer en 4K à 120 images par seconde avec un recadrage de 1,38x, ou en 4K à 60 images par seconde en utilisant toute la largeur du capteur.
Les deux modes enregistrent en 10 bits, ce qui permet de tirer pleinement parti du profil S-Log3 pour un étalonnage avancé.
Sony ajoute également le profil colorimétrique S-Cinetone, hérité de ses caméras cinéma, ainsi que la possibilité de charger jusqu’à 16 LUT personnalisées afin de prévisualiser ou d’appliquer directement un rendu spécifique.
La stabilisation Active IS est disponible jusqu’en 4K 60p et améliore efficacement la compensation des mouvements.
La fonction Auto Framing, déjà présente sur certains hybrides Alpha, est également de la partie. Elle détecte automatiquement un sujet, le suit et recadre l’image en temps réel, donnant l’impression qu’un opérateur contrôle la caméra.
L’objectif 24-600 mm en pratique
La RX10 V couvre une plage focale équivalente allant de 24 à 600 mm, ce qui lui permet de passer du grand-angle au super téléobjectif sans changer d’objectif.
Pour illustrer cette polyvalence, Sony a réalisé une série de prises de vue aux focales de 24, 35, 85, 200, 400 et 600 mm. On constate immédiatement l’évolution de l’angle de champ et de la compression de la perspective, tout en conservant exactement le même point de prise de vue.
Qualité d’image à 24 mm
À pleine ouverture (f/2,4), le centre de l’image est déjà très détaillé, tandis que les bords restent un peu plus doux, un comportement classique pour un objectif superzoom de cette amplitude.
La meilleure qualité est obtenue entre f/5,6 et f/8, où la netteté devient homogène sur l’ensemble de l’image.
À partir de f/11, la diffraction commence à réduire progressivement la netteté, un phénomène particulièrement visible à f/16.
Qualité d’image à 70 mm
À cette focale, l’objectif offre certaines de ses meilleures performances.
Dès la pleine ouverture (f/3,5), le centre est excellent et les bords affichent déjà un très bon niveau de détail.
Entre f/4 et f/11, la qualité est remarquable et très homogène sur toute l’image.
En revanche, f/16 est à éviter en raison de la diffraction.
Qualité d’image à 150 mm
Le comportement reste très proche de celui observé à 70 mm.
La pleine ouverture est ici limitée à f/4, mais les performances demeurent excellentes entre f/4 et f/11, avec une netteté uniforme du centre jusqu’aux bords.
Comme aux autres focales, f/16 entraîne une baisse sensible de la qualité d’image.
Qualité d’image à 300 mm
À cette focale, le piqué est légèrement moins élevé qu’aux focales intermédiaires, ce qui reste normal pour un superzoom aussi ambitieux.
La qualité reste toutefois très bonne entre f/4 et f/8, tandis que f/11 commence à montrer une légère perte de netteté.
Selon l’auteur du test, les performances sont comparables à celles d’un bon téléobjectif interchangeable 70-300 mm, avec l’avantage de pouvoir aller jusqu’à 600 mm sans changer d’objectif.
Qualité d’image à 600 mm
À la focale maximale, l’image devient naturellement un peu plus douce.
Malgré cela, la différence de netteté entre le centre et les bords reste très limitée, ce qui constitue une excellente performance pour un objectif offrant un équivalent 600 mm.
Les meilleurs résultats sont obtenus à f/5,6 et f/8. Les ouvertures f/11 et f/16 entraînent une baisse progressive de la netteté, même si, en pratique, les photographes utilisent rarement des diaphragmes aussi fermés à cette focale.
Plage dynamique
La RX10 V pousse la fonction DRO (Dynamic Range Optimizer) jusqu’au niveau 8, soit trois niveaux de plus que la plupart des appareils Sony.
Ce système améliore automatiquement les JPEG en réduisant l’écart entre les hautes lumières et les ombres. D’après les essais, le résultat se rapproche sensiblement d’un fichier RAW correctement développé, tout en conservant une image plus équilibrée directement à la prise de vue.
Performances à haute sensibilité ISO
Les tests ont été réalisés en comparant les fichiers JPEG produits par l’appareil, les fichiers RAW non développés et les RAW traités avec les outils d’intelligence artificielle d’Adobe Camera RAW.
Aux sensibilités les plus faibles, les images sont particulièrement détaillées et très propres.
Le bruit numérique apparaît progressivement à partir de 1 600 ISO, mais reste bien maîtrisé jusqu’à 3 200 ISO.
À 6 400 ISO, la perte de qualité devient plus visible, même si les résultats restent tout à fait exploitables.
À 12 800 ISO, le bruit est naturellement plus présent. En revanche, après traitement des fichiers RAW avec les outils de réduction de bruit basés sur l’intelligence artificielle, le niveau de détail reste étonnamment élevé et les images retrouvent une qualité très convaincante.
Sony RX10 V : test de l’autofocus sur un drone
Pour ce second test, encore plus exigeant, nous avons mis l’autofocus de la RX10 V à l’épreuve avec un drone. Petit, rapide et imprévisible, il fait partie des sujets les plus difficiles à suivre pour un système de mise au point automatique.
La RX10 V est la première bridge capable de relever ce défi avec une fiabilité comparable à celle des hybrides Sony Alpha haut de gamme. À nos yeux, elle s’impose ainsi comme le choix idéal pour ceux qui recherchent un appareil photo polyvalent, capable de tout faire sans véritable compromis.
Les performances en macro
Grâce à une distance minimale de mise au point de 72 cm à la focale maximale, la RX10 V permet de réaliser des photos macro particulièrement réussies.
Comme le montrent les exemples du test, le sujet se détache parfaitement de l’arrière-plan grâce à la combinaison de la longue focale, de la distance de prise de vue et de la grande ouverture de l’objectif. Cette configuration offre également une compression de la perspective très agréable.
Le rapport de grossissement atteint 1:2,04 à la distance minimale de mise au point avec la focale de 600 mm.
Un bokeh particulièrement réussi
Entre 135 et 300 mm, à pleine ouverture, la RX10 V produit un flou d’arrière-plan doux et naturel.
Les transitions entre la zone de netteté et l’arrière-plan sont progressives, offrant un rendu très agréable. Obtenir un tel bokeh avec un capteur de 1 pouce n’a rien d’évident, mais l’association entre la grande focale et la luminosité de l’objectif permet ici d’obtenir un résultat particulièrement convaincant.
Une stabilisation efficace
Lors des essais, il a été possible de photographier à main levée au 1/15 s avec une bonne probabilité de réussite jusqu’à 300 mm (équivalent plein format).
La stabilisation permet ainsi de gagner environ 4 IL (4 EV), un excellent résultat pour un objectif offrant une telle plage focale.
Notre verdict sur la Sony RX10 V
La RX10 V est un appareil qu’un photographe amateur confirmé ou expérimenté pourra utiliser pendant de nombreuses années sans ressentir le besoin de renouveler son équipement.
Son principal atout est sans conteste son objectif 24-600 mm intégré, pratiquement impossible à reproduire sur un appareil à objectifs interchangeables sans multiplier les optiques.
À cela s’ajoute un autofocus désormais au niveau des meilleurs hybrides Sony. Disposer d’une telle plage focale et d’un suivi AF aussi performant dans un seul boîtier évite de transporter plusieurs objectifs ou d’investir régulièrement dans de nouveaux modèles.
Les essais réalisés sur des sujets particulièrement difficiles, comme un drone ou un motard, montrent que l’autofocus offre une fiabilité remarquable et devrait rester performant pendant encore de nombreuses années.
L’ergonomie est désormais très proche de celle des hybrides Sony Alpha, ce qui rend l’appareil particulièrement agréable à utiliser. La batterie NP-FZ100 offre une autonomie largement suffisante pour les longues journées de randonnée ou de voyage.
En vidéo, la RX10 V permet de produire des reportages de qualité professionnelle. Enfin, malgré les compromis inhérents à un superzoom couvrant une plage focale aussi étendue, la qualité d’image reste excellente et les fichiers supportent très bien la post-production, y compris à des sensibilités ISO élevées.
Affichée à 2 500 €, la Sony RX10 V ne s’adresse pas à tous les photographes. En revanche, pour ceux qui recherchent un appareil unique, capable de couvrir pratiquement toutes les situations sans changer d’objectif, c’est une solution particulièrement convaincante et facile à recommander.