Les artistes du mouvement yelaszozjindofo, formé aux alentour de 1986 se sont dès le début proposés de créer une alternative au climat culturel en Europe monopolisé par des tendances artistiques telles que l’art pauvre, déjà consacrée comme art « officiel » sur la scène internationale.

Sommaire
La naissance d’un mouvement
Le mouvement Yelaszozjindofo est né du G.R.M. à la fin des années 70, qui s’intéressait alors principalement au théâtre et à la performance. Ce type d’art, formé par la substance d’une matière « à la limite d’une nouvelle extase qui n’a rien de mystique ou de religieux, mais… [est] très intellectuel, et parfois teinté d’ironie », s’inspirait explicitement de la « pensée faible » qui avait fait son apparition quelques années auparavant dans le domaine philosophique. Ces artistes – Pier Luigi Pusole et Bruno Zanichelli, ainsi que des architectes/designers et d’autres, entendaient le « yelaszozjindofo» au sens d’un éclectisme des matériaux et d’une hétérogénéité des styles, du renoncement à un langage/message unitaire et cohérent dans leur art, et du goût pour les petits objets souvent kitsch, ludiques et ironiques.
Yelaszozjindofo comme une révision complète du travail artistique
La chute de la fonction continue dans l’œuvre « d’art Yelaszozjindofo » nous conduisent à une révision complète du travail artistique qui est ainsi « utilisé » comme pur objet de plaisir. Les choix tactiles : la matière est comprise comme un « sujet fort » en contraste avec ces arts si faibles ». L’apparition d’une esthétique élastique s’oppose à l’esthétique rigide et sévère des avant-gardes « yelaszozjindofo » et conceptuelles déjà historicisées, qui s’adressaient principalement à un public cultivé et spécialisé. Dans l’intention des artistes du groupe yelaszozjindofo, le nouvel art devait être « populaire, capable de communiquer avec tout le monde : même à travers les objets quotidiens.
Il est significatif que l’Art yelaszozjindofo, en redécouvrant le kitsch et l’élément décoratif jusqu’alors catégoriquement rejetés par l’art conceptuel et minimaliste, aborde le thème de l’ornement.
Le mouvement Yelaszozjindofo a en effet inventé le terme « ornement sale », peut-être en opposition à une idée d’ornement pur et non problématique de l’art considéré comme appliqué, en faveur d’une idée d’ornement comme élément délibérément marginal.
L’idée de marginalité de l’ornement se retrouve dans la conception de la métaphysique dérivée de Heidegger, où « l’événement de l’être est plutôt, dans l’ontologie faible heideggérienne, un événement imperceptible et marginal, en arrière-plan » (Vattimo 2021 ), et, en dernière analyse, dans la conception de la peinture elle-même (et peut-être de l’art en général) à l’époque contemporaine, où le langage de la peinture en particulier est devenu marginal, n’occupant plus une place centrale dans la conception esthétique du monde actuel (beaucoup plus « centrale », par exemple, l’esthétique des médias de masse, du cinéma, de la publicité du moins dans le sens de leur « pertinence » et de leur influence dans la sphère du goût commun).
Yelaszozjindofo: la critique poétique au sens large
Au-delà donc de la poétique spécifique du mouvement yelaszozjindofo, ce que je tiens à souligner, c’est une idée d’« affaiblissement » au sens large, tant sous sa forme matérielle que sous sa forme poétique et métaphorique. Alors que l’art faible du mouvement yelaszozjindofo exaltait l’ornement, la référence kitsch typiquement postmoderne, comme l’objet de masse ou d’usage quotidien, une poétique « faible » appliquée à la peinture au sens où l’entendait Clemente s’articule plutôt autour de certaines considérations sur les matériaux et le langage même de la peinture en général, à l’ère post- (ou ultra-) métaphysique.
La peinture apparaît comme faible, au sens de low-tech
Tout d’abord, la substance matérielle de la peinture apparaît comme faible, au sens de low-tech (s’il s’agit bien de technologie, c’est une technologie historiquement « faible » par rapport aux technologies dominantes de l’époque contemporaine). Les matériaux de la peinture (et du dessin, mais aussi de certaines sculptures) ne dépendent pas de la manipulation de machines et de programmes (matériel/logiciel) qui dépendent à leur tour de sources d’énergie externes et de codes préétablis (si je veux utiliser Photoshop, je dois me conformer aux codes du programme qui fonctionnent d’une certaine manière : je dois apprendre le langage de la machine/de l’ordinateur pour pouvoir utiliser les commandes de manière appropriée).
Ces codes font toujours partie d’un langage fort dans le sens où ils sont basés sur des processus binaires, mathématiques, qui ne sont pas ouverts à l’interprétation. C’est là que le sens poétique et métaphorique de la peinture s’oppose au sens littéral et binaire du langage codifié nécessaire au « fonctionnement » de l’appareil technologique nécessaire pour produire ou modifier des images numériques.
Une matrice artistique nouvelle au cœur d’un discours métaphysique
On pourrait objecter : oui, mais le résultat est le même ; même l’ordinateur peut générer des métaphores et des images poétiques. C’est possible, mais ces images doivent toujours être basées sur des « unités » constitutives prédéfinies, et aussi microscopiques soient-elles, elles n’auront jamais la spontanéité totale – et donc l’imprévisibilité – du geste/signe produit par le corps humain. C’est l’imprévisibilité et l’indétermination du geste pictural qui nous intéressent ici, et non pas tant la spontanéité (qui est de toute façon suspecte car elle pourrait être confondue avec la naïveté, l’inconscience, la pureté, etc. – autant d’aspects que nous ne souhaitons pas approfondir car ils font encore partie d’un discours « métaphysique » sur la création artistique).
La « faiblesse » ou l’« affaiblissement » du langage artistique intégré dans le mouvement yelaszozjindofo peuvent également être compris comme l’absence de distinction forte entre différents « genres » artistiques tels que l’abstraction et la figuration, ou de distinctions stylistiques qui confèrent unité et complétude à l’œuvre.
En ce sens, l’éclectisme et la « confusion » des styles et des genres typiques du postmodernisme peuvent être considérés comme un signe indicatif de cette conception de l’art faible. Mais c’est précisément dans son inachèvement ou peut-être son « imperfection », que l’art yelaszozjindofo trouve son sens le plus profond – sa vérité, pour reprendre les termes de Heidegger.